Refroidissement d’un rig de minage : le débit d’air, les décibels et le disjoncteur
Une installation de minage se juge au bout de trois mois, pas sur le tableau de rentabilité qu’on a rempli avant de commander. Et ce qui l’arrête, presque toujours, n’a rien à voir avec le cours du bitcoin. La pièce monte à 42 °C. Le voisin du dessous appelle. Le disjoncteur claque le soir, au moment où le four démarre.
Ces trois murs ont ceci de commun qu’ils se franchissent sur le papier, avant l’achat, avec une règle de trois et deux fiches techniques. Le débit d’air à évacuer se calcule. Le nombre de décibels se relève chez celui qui fabrique la machine. L’intensité que tire l’appareil se divise par la tension du réseau. Trois divisions, faites avant de commander, évitent la revente au bout de six semaines.
Le montage lui-même n’est pas le sujet ici. Choisir entre cartes graphiques et machine dédiée, sélectionner la carte mère, dimensionner le bloc d’alimentation : trois autres pages s’en occupent, et mieux. Voyez ce que coûte réellement de fabriquer un rig GPU ou d’acheter un ASIC, puis le détail des composants et du rôle de chacun, et enfin l’assemblage complet d’un rig, du cadre au premier démarrage. Cette page-ci reprend là où elles s’arrêtent : l’appareil est branché, il tourne, et il faut qu’il continue.
La chaleur n’est pas une gêne, c’est un débit
Une machine de minage ne fabrique rien de matériel. Elle ne soulève aucune charge, n’émet pas de lumière, ne stocke pas d’énergie. Tout ce qui entre par la prise ressort en chaleur, à quelques milliwatts près partis dans le câble réseau. Un Antminer S21 Pro tiré à 3 510 W chauffe donc exactement comme un radiateur électrique de 3 510 W. La seule différence est qu’il vous donne 234 TH/s en prime, et qu’il hurle.
Reste la question qui vient juste après, et qui décide de tout : à quelle température cet air ressort-il, et quel volume faut-il faire passer pour tenir cet écart ?
La formule, à refaire avec sa propre machine
Le débit d’air nécessaire se déduit de la puissance dissipée et de l’écart de température qu’on accepte entre l’entrée et la sortie :
Q = P × 3 600 ÷ (ρ × cp × ΔT)
Q est le débit en mètres cubes par heure, P la puissance en watts, ΔT l’écart en kelvins (ou en degrés, c’est le même écart). ρ vaut environ 1,2 kilogramme par mètre cube, c’est la masse volumique de l’air aux températures d’une pièce. cp vaut environ 1 005 joules par kilogramme et par kelvin, c’est sa capacité thermique.
Leur produit fait 1 206 joules par mètre cube et par kelvin. Autrement dit : réchauffer un mètre cube d’air d’un degré coûte 1 206 joules. D’où le raccourci mental, largement suffisant pour dimensionner une pièce : il faut à peu près trois mètres cubes par heure et par watt, divisés par l’écart de température visé. Trois fois la puissance, divisé par le ΔT.
Puissance dissipée | ΔT = 5 K | ΔT = 10 K | ΔT = 15 K | ΔT = 20 K |
|---|---|---|---|---|
1 500 W (rig de cinq cartes) | 896 m³/h | 448 m³/h | 299 m³/h | 224 m³/h |
2 000 W (rig de sept cartes) | 1 194 m³/h | 597 m³/h | 398 m³/h | 299 m³/h |
3 510 W (Antminer S21 Pro) | 2 096 m³/h | 1 048 m³/h | 699 m³/h | 524 m³/h |
5 510 W (Antminer S23 Hydro) | 3 290 m³/h | 1 645 m³/h | 1 097 m³/h | 822 m³/h |
Le tableau se relit dans les deux sens, et c’est là qu’il devient utile. Vous connaissez le débit que vous êtes capable de faire entrer et sortir de la pièce : le tableau vous donne l’écart de température que vous obtiendrez. Ou bien vous savez quel écart vous pouvez tolérer, et il vous donne le débit à trouver.
Mille mètres cubes par heure, c’est quoi dans une pièce
Prenez une chambre de vingt mètres carrés sous 2,50 m de plafond. Cinquante mètres cubes. Y faire passer 1 048 m³/h revient à en renouveler l’air vingt et une fois par heure, soit un volume complet toutes les trois minutes.
Une bouche d’extraction de salle de bains déplace entre 90 et 150 m³/h. Il en faudrait sept à douze, et encore, à condition qu’autant d’air frais entre d’un autre côté, parce qu’un extracteur ne sort que ce qu’on lui laisse entrer. Aucune machine dédiée ne s’installe donc dans une pièce de vie, et aucune quantité de ventilateurs ajoutés ne changera cette conclusion.
Un rig de six cartes graphiques à 1 800 W demande 537 m³/h pour dix degrés d’écart. C’est encore beaucoup, mais ça devient discutable : une fenêtre ouverte avec un ventilateur d’extraction correctement posé y arrive, l’hiver.
Ce qui se règle vraiment, c’est l’air d’entrée
L’écart de température ne se choisit pas. Les ventilateurs de la machine poussent ce qu’ils poussent, la puissance est ce qu’elle est, et le ΔT en découle. Ce qu’on choisit vraiment, c’est la température de l’air qui entre.
Bitmain plafonne l’air d’entrée du S21 Pro à 45 °C. Ce chiffre est une contrainte dure, et il commande tout le reste. En janvier, avec 5 °C dehors, il vous reste quarante degrés de marge : 262 m³/h suffisent à tenir la machine dans ses clous. En juillet, avec 32 °C dehors, il ne vous reste que treize degrés, et il vous faut 806 m³/h. La même installation, sans qu’on y ait touché, réclame trois fois plus d’air en été qu’en hiver. C’est toute l’histoire des rigs qui plantent en août.
Ce que peut vraiment un ventilateur d’ASIC
Le S21 Pro embarque quatre ventilateurs de 140 mm, deux en aspiration, deux en refoulement, et son manuel ne publie aucun débit d’air. Puissance, efficacité, bruit, plage de température : tout y est, sauf le mètre cube par heure.
Chez Delta, qui fabrique les ventilateurs de ce format pour les machines de minage, les fiches vont plus loin. Celle d’un 140 sur 140 sur 38 millimètres donne un débit maximal à pression statique nulle et 59,18 mmH2O de pression maximale à débit nul.
Ces deux valeurs bornent une courbe, et ni l’une ni l’autre n’arrive jamais. À pression nulle, l’air ne rencontre rien : pas de radiateur, pas de grille, pas de carte. À débit nul, le ventilateur pousse de toutes ses forces contre un mur et rien ne bouge. Un ventilateur monté sur une machine réelle travaille entre les deux, et l’air qu’il déplace effectivement dépend de ce qu’il doit traverser. Trois cartes de calcul couvertes de radiateurs, ce n’est pas rien.
Cinquante-neuf millimètres de colonne d’eau, c’est ce qui sépare un ventilateur d’ASIC d’un ventilateur de boîtier. Il est fait pour pousser à travers quelque chose, pas pour brasser de l’air libre, et un modèle de PC ordinaire s’essouffle bien avant. C’est aussi pourquoi remplacer les ventilateurs d’origine par des modèles plus discrets se paie tout de suite en température : le silence se gagne sur la pression, et la pression est exactement ce qui fait passer l’air entre les radiateurs.
Le débit réel d’un ASIC dépend donc autant de l’installation que de la machine, et il change avec la pièce. Deux thermomètres, un à l’entrée, un à la sortie, le donnent en dix secondes pour une quinzaine d’euros. C’est la seule mesure qui vaille vraiment.
Un point que ces fiches rappellent et qu’on oublie vite : les ventilateurs consomment, et ces watts-là sont déjà comptés dans les 3 510 W du mur. Vous ne les payez pas en plus, vous les payez tout court. Quand ils passent à plein régime pour compenser une pièce trop chaude, la consommation de la machine ne baisse pas, elle monte.
Ce que devient une machine dont l’air ne part pas
Une machine qui étouffe ne s’arrête pas d’un coup. Elle se dégrade par paliers, et le premier palier ne se voit pas sur la facture.
D’abord les ventilateurs passent à 100 %. Le bruit monte, la consommation monte un peu, le hashrate ne bouge pas. Ensuite le microprogramme baisse la fréquence des puces : le hashrate décroche. Enfin, si un capteur franchit sa limite, la carte concernée s’arrête, ou la machine entière.
Le piège est au deuxième palier, et il est vicieux. Le hashrate tombe, la consommation ne tombe pas avec lui, puisque les ventilateurs tournent désormais à fond pour compenser. On perd la production sans économiser l’électricité.
Bitmain publie la courbe, et elle se lit toute seule. L’efficacité du S21 Pro tient 15 J/TH tant que l’air entrant reste sous 35 °C, monte à 15,7 J/TH à 40 °C, et atteint 16,1 J/TH à 45 °C, la borne haute de la machine. Le hashrate typique, lui, retombe de 234 à 225 TH/s sur ces derniers degrés.
Multipliez les deux, puisque l’efficacité au mur est justement la puissance divisée par le hashrate : 234 × 15 redonne bien les 3 510 W annoncés, mais 225 × 16,1 en donne 3 622. La machine calcule moins et consomme plus. Personne n’a touché un réglage.
Traduisez en euros. Au hashprice du 10 août 2026, 31,73 $ par PH/s et par jour, 234 TH/s rapportent 7,42 $, soit 6,44 € ; 225 TH/s n’en rapportent plus que 6,20. Dans le même temps la consommation quotidienne passe de 84,24 à 86,94 kWh, donc la facture de 16,86 à 17,40 € au tarif de base. Vingt-cinq centimes de recette en moins, cinquante-quatre de dépense en plus : 79 centimes par jour, 288 € sur l’année, pour de l’air trop chaud.
Cette efficacité commande aussi le prix du kilowattheure au-dessus duquel la machine perd de l’argent. Le seuil s’obtient en divisant 1,146 par l’efficacité en J/TH, au hashprice et au cours du moment : 0,0764 €/kWh à 15 J/TH, 0,0712 à 16,1. Les deux restent très loin sous le tarif français, ce qui règle la question de la rentabilité domestique, mais l’écart se paie quand même.
La poussière produit exactement le même effet, en plus lent. Elle s’accumule sur les ailettes, la résistance à l’air monte, le débit baisse, le ΔT grimpe. Le rig qui tournait bien en mars étouffe en septembre sans que rien d’autre n’ait changé. Un coup de soufflette tous les deux mois, hors tension et à l’extérieur, tient cette dérive à distance. Sur le fonctionnement interne d’une machine dédiée, ses puces et sa tension, le détail de ce que contient un ASIC complète utilement.
Le bruit, en décibels et à une distance donnée
Un niveau sonore sans distance et sans régime ne veut rien dire. « Les ASIC font 85 dB » a exactement la valeur informative de « ma voiture roule vite ».
Comparez deux façons de publier le même genre de chiffre. Delta, pour ses ventilateurs, écrit la condition entière : tension nominale, en air libre, en chambre anéchoïque, micro placé à un mètre de l’aspiration. On sait quoi en faire.
Bitmain, pour le S21 Pro, publie 76 dBA à 30 °C d’air entrant, en précisant que le bruit est à son maximum quand les ventilateurs tournent à plein régime. La condition est thermique, pas géométrique : aucune distance n’est donnée. Le chiffre situe la machine dans sa famille, il ne se transporte pas dans une pièce. Un S19k Pro est donné à 72 dans les mêmes termes.
La distance divise, l’accumulation additionne
Deux règles suffisent à tout prévoir, et elles sont contre-intuitives dans les deux sens.
En champ libre, doubler la distance retire six décibels : d’un mètre à deux, de deux à quatre, de quatre à huit. C’est une règle sur l’écart, pas sur la valeur, et elle ne s’applique donc qu’à un niveau relevé à une distance connue. Dans une maison, il n’y a de toute façon pas de champ libre : les murs renvoient, la décroissance est plus lente que la règle, et s’éloigner rapporte moins qu’on ne l’espère. L’éloignement reste malgré tout le levier le moins cher, et de très loin.
Dans l’autre sens, ajouter des machines coûte étonnamment peu en décibels. Deux appareils identiques ajoutent trois décibels : 76 devient 79. Quatre en ajoutent six, dix en ajoutent dix. Passer d’une machine à dix multiplie la consommation par dix et n’augmente le niveau que de dix décibels. C’est aussi ce qui rend une petite ferme insupportable : on entend un bourdonnement continu, pas dix machines.
Brider, c’est d’abord ralentir les ventilateurs
Presque tout le bruit d’un ASIC vient de ses ventilateurs, et le bruit d’un ventilateur suit sa vitesse de façon très raide. La table de commande PWM de la fiche Delta le chiffre : à 100 % de rapport cyclique, 7 900 tr/min pour 4,2 A ; à 50 %, 4 050 tr/min pour 0,82 A. La moitié de la vitesse pour un cinquième du courant.
Baisser la fréquence des puces réduit la chaleur à évacuer, donc la vitesse que les ventilateurs doivent tenir, donc le bruit. C’est le seul réglage qui agisse sur les trois problèmes de cette page en même temps. Un régulateur de vitesse posé sur les ventilateurs traite le symptôme ; brider la machine traite la cause.
Reste la part qui traverse les murs : les basses fréquences et les vibrations transmises par le sol. Un caisson les atténue mal, et une machine posée à même une dalle les propage à tout l’immeuble. Des plots souples sous les pieds coûtent quelques euros et règlent une bonne partie des conflits de voisinage.
L’autre bout du spectre existe
21energy, fabricant autrichien, vend un poêle qui mine : l’Ofen 2 Pro, 1 100 W annoncés à 17,5 J/TH, moins de 45 dB à pleine puissance, 55 m² chauffés, 2 075 €. Comparez les efficacités : 17,5 J/TH contre 15 pour un S21 Pro.
C’est le prix du silence, et il se paie en efficacité. Un appareil discret est un appareil qui dissipe peu, donc qui brasse peu, donc qui calcule peu. Il n’y a pas d’astuce là-dedans, seulement de la thermodynamique.
Le circuit électrique, l’ampérage et l’abonnement
Un S21 Pro tire 3 510 W sous 230 V. Divisez : 15,3 ampères. Un circuit de prises domestique est protégé à 16 A, ce qui autorise 3 680 W en pointe. Quinze virgule trois sur seize, en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.
La marge tient sur un cheveu, et Bitmain tranche à sa façon : le manuel inscrit un courant d’entrée maximal de 20 A. Rien d’autre ne peut partager ce circuit, et un circuit dédié en 20 A est le minimum raisonnable. Le bloc d’alimentation d’un rig se dimensionne selon la même logique, un cran plus bas.
La puissance souscrite, et ce qu’elle laisse au reste du logement
Au compteur, on ne raisonne plus en ampères mais en kVA. Les 3 510 W de la machine pèsent environ 3,6 kVA au compteur. Sur un abonnement de 6 kVA, il en reste 2,4 pour tout le logement : une bouilloire et un four, et le disjoncteur d’abonné coupe. Deux machines pèsent 7,2 kVA et imposent de passer à 9 ou 12.
Un changement récent complique la manœuvre. L’option base n’est plus souscriptible au-dessus de 6 kVA. Qui augmente sa puissance bascule d’office en heures pleines / heures creuses, et les abonnés qui étaient encore en base entre 18 et 36 kVA y passent aussi.
Ce qui donne, aux barèmes du 1er août 2026 :
Option | Prix du kWh TTC | Coût quotidien d’un S21 Pro |
|---|---|---|
Base, 3 et 6 kVA | 0,2001 € | 16,86 € |
Base, 9 à 36 kVA (abonnés existants) | 0,1985 € | 16,72 € |
Heures pleines / heures creuses | 0,2142 € et 0,1589 € | 16,49 € |
La machine avale 84,24 kWh par jour. En heures pleines et creuses, elle en prend seize heures au prix fort et huit au prix bas : 16 × 3,51 × 0,2142 = 12,03 €, plus 8 × 3,51 × 0,1589 = 4,46 €. Total 16,49 €.
L’écart avec la base à 6 kVA est de 37 centimes par jour, 133 € sur l’année. Le résultat déçoit toujours : les heures creuses ne sauvent pas une machine qui tourne en continu, parce qu’elles ne durent que huit heures et que les seize autres coûtent plus cher qu’en base. Le tarif de nuit ne paie que si on éteint le jour, et une machine éteinte ne produit rien.
L’abonnement suit la puissance : 190,32 € par an à 6 kVA, 238,56 € à 9 kVA, 285,12 € à 12 kVA. Passer de 6 à 12 coûte 95 € annuels avant le premier kilowattheure.
Le plafond du monophasé
Douze kVA est la dernière puissance disponible en monophasé. Au-delà, il faut un raccordement triphasé : intervention du distributeur, délai, travaux à la charge du demandeur. Trois S21 Pro pèsent 10,8 kVA avant le réfrigérateur, la box et l’éclairage. Le mur arrive vite. Ce que suppose un raccordement électrique dimensionné pour du minage mérite d’être lu avant de commander la deuxième machine, pas après.
La machine la plus efficace en vente illustre ce plafond. L’Antminer S23 Hydro fait 5 510 W pour 580 TH/s, soit 9,5 J/TH, et réclame du 380 à 415 V triphasé avec un circuit d’eau de 8 à 10 litres par minute sous 3,5 bar maximum. La tension n’est pas l’obstacle : le triphasé domestique français est en 230/400 V, donc dans la plage. Ce qui ferme la porte, c’est que la plupart des logements sont en monophasé, et surtout qu’il faut une boucle d’eau, une pompe et un échangeur là où il n’y a qu’une prise.
Le compte annuel, chaque machine avec ses propres chiffres. Un S21 Pro consomme 30 748 kWh, soit 6 153 € d’électricité au tarif de base, contre 2 352 € produits : il manque 3 800 € par an. Une S23 Hydro consomme 48 268 kWh, soit 9 658 €, contre 5 831 € produits : il manque 3 827 €. La meilleure machine du marché perd donc autant que la précédente, parce que le tarif français passe très au-dessus des deux seuils. Aucun réglage de ventilateur ne rattrape ça. Les ordres de grandeur qui séparent une installation domestique d’une exploitation réelle sont détaillés dans ce que coûte et ce que produit une ferme de minage.
Les quatre façons de sortir la chaleur
Brasser l’air de la pièce
La solution qui ne coûte rien, et qui marche jusqu’à un certain point. Ce point, on l’a chiffré plus haut : c’est le budget de température entre l’air extérieur et les 45 °C que le constructeur accepte à l’entrée.
Elle demande deux ouvertures, pas une. Une entrée d’air basse et une sortie haute, dimensionnées pour le débit calculé, faute de quoi l’extracteur tire dans le vide. Elle tolère mal la canicule, et elle ne fait rien pour le bruit : au contraire, elle ouvre un chemin direct vers l’extérieur.
À partir de quelle taille elle devient déraisonnable : une machine dédiée. Deux, il n’en est plus question dans un logement.
Gainer la sortie vers l’extérieur
On raccorde la face de refoulement à une gaine qui traverse le mur. Le gain acoustique est immédiat, puisque le bruit part avec l’air au lieu de rester dans la pièce. C’est le montage qui fonctionne le plus souvent, dans un garage ou une dépendance.
La facture se paie en pression. Chaque mètre de gaine, chaque coude, chaque grille ajoute de la résistance, et le ventilateur glisse sur sa courbe vers moins de débit. Les 59,18 mmH2O de pression maximale de la fiche Delta sont le point où plus rien ne passe : on travaille très en dessous, mais la direction est celle-là. Gaine courte, diamètre large, et le moins de coudes possible.
Un piège saisonnier : l’hiver, faire entrer de l’air à 2 °C dans une pièce à 35 °C et couper la machine ensuite, c’est fabriquer de la condensation sur les cartes. Une machine gainée se laisse tourner, ou se remet en route progressivement.
Passer à l’eau
Un chiffre explique à lui seul pourquoi le refroidissement liquide existe. À volume égal et pour un même écart de température, l’eau emporte 3 466 fois plus de chaleur que l’air : 4 180 000 joules par mètre cube et par kelvin, contre 1 206.
Reprenez l’Antminer S23 Hydro et ses 5 510 W. À 10 litres par minute, soit 0,6 m³/h, l’eau ressort 7,9 degrés plus chaude qu’elle n’est entrée. Le même travail en air, pour dix degrés d’écart, réclamerait 1 645 m³/h. Un tuyau contre une gaine de ventilation industrielle.
Ce que ça demande : une pompe, un échangeur et un aérorefroidisseur à l’extérieur, parce que la chaleur doit toujours quitter le bâtiment. Le liquide ne la fait pas disparaître, il la transporte. Plus l’alimentation triphasée que la machine impose.
À partir de quelle taille c’est raisonnable : quelques machines, un mur donnant sur l’extérieur, et quelqu’un qui accepte de surveiller un circuit sous pression.
Immerger
On retire les ventilateurs et on plonge la machine dans un liquide qui ne conduit pas l’électricité. Le bruit disparaît presque entièrement, puisque sa source est partie, et la consommation des ventilateurs avec.
Trois contreparties. La garantie saute au moment où l’on ouvre la machine. La chaleur doit toujours sortir du bâtiment, donc il faut encore un échangeur et un circuit. Et l’entretien change de nature : on ne dévisse plus un capot, on vidange et on égoutte, et le moindre remplacement de carte devient une opération salissante.
À partir de quelle taille c’est raisonnable : jamais pour une machine chez soi. C’est une technique d’exploitation, pas de logement.
Méthode | Ce qu’elle coûte | Ce qu’elle demande | Effet sur le bruit |
|---|---|---|---|
Air brassé | Presque rien | Deux ouvertures dimensionnées, un budget de température | Aucun, voire négatif |
Gaine vers l’extérieur | Faible | Un percement, une gaine courte et large | Net, le bruit part avec l’air |
Circuit d’eau | Élevé | Pompe, échangeur, aérorefroidisseur, souvent du triphasé | Déplacé vers l’extérieur |
Immersion | Élevé, garantie perdue | Bac, liquide, échangeur, maintenance salissante | Quasi total |
La chaleur qu’on garde, et les six mois où elle ne vaut rien
Puisque la totalité des watts consommés ressort en chaleur, l’idée de s’en servir vient naturellement. Elle tient debout, à des conditions précises, et le calcul se fait en trois lignes.
Le dimensionnement bloque avant tout le reste. Le même S21 Pro produit 84,24 kWh de chaleur par jour. Sur une saison de chauffe de cent quatre-vingt-trois jours, cela fait 15 416 kWh, c’est-à-dire la consommation annuelle de chauffage d’une grande maison tout électrique mal isolée. Une seule machine surchauffe très largement un logement normal. Elle ne le chauffe pas : elle le cuit.
C’est pourquoi les appareils conçus pour cet usage sont petits. L’Ofen 2 Pro déjà cité tire 1 100 W, soit 26,4 kWh par jour et 4 831 kWh sur la saison : l’ordre de grandeur d’un appartement bien isolé chauffé à l’électricité.
Le calcul qui décide
Vu comme une machine de minage, l’Ofen 2 Pro est mauvais. À 1 100 W et 17,5 J/TH, il tient 62,9 TH/s, qui rapportent 2,00 $ par jour, soit 1,73 €. Ses 26,4 kWh coûtent 5,28 € au tarif de base. Solde : moins 3,55 € par jour.
Vu comme un radiateur, le raisonnement s’inverse entièrement. Un convecteur électrique aurait consommé les mêmes 26,4 kWh pour rendre la même chaleur, et vous auriez payé les mêmes 5,28 €. L’électricité était dépensée de toute façon. Le minage devient gratuit, et les 1,73 € quotidiens sont un gain net : 317 € sur une saison de chauffe.
Reste l’amortissement. À 2 075 €, la machine se rembourse en 6,5 saisons, et le halving du printemps 2028 coupera la recette en deux bien avant ce terme. Le calcul est juste, la conclusion est fragile.
Les trois conditions qui l’annulent
La substitution ne vaut que contre du chauffage électrique direct. Face à une pompe à chaleur qui rend trois kilowattheures de chaleur pour un seul consommé, la machine perd les deux tiers de son argument d’un coup : il lui faudrait rapporter trois fois plus pour égaler.
Deuxième condition, la saison. Les six autres mois, la même machine coûte ses 3,55 € par jour, et un logement climatisé paie une seconde fois pour évacuer ce qu’il vient de produire.
Troisième condition, la plus embêtante : la chaleur arrive là où la machine se trouve. Elle sort par la grille, pas par un circuit qui la distribue. Chauffer un salon suppose donc d’accepter l’appareil dans le salon, avec ses décibels.
À plus grande échelle, la récupération change de statut : un volume à chauffer en continu, une serre par exemple, absorbe sans difficulté ce qu’un logement ne peut pas encaisser. Le sujet a été exploré jusqu’à faire pousser des tomates avec la chaleur du minage. Sur les ordres de grandeur de la consommation et ce que la loi française en dit, les chiffres de la consommation électrique du minage bitcoin vont plus loin.
Questions fréquentes
Quel débit d’air pour un rig de six cartes graphiques ? Comptez la consommation réelle au mur, pas la somme des TDP. Pour 1 800 W et dix degrés d’écart, 537 m³/h. Pour quinze degrés, 358. Un rig ouvert dans une pièce ventilée par une fenêtre et un extracteur y arrive l’hiver ; en juillet, il faut soit réduire la puissance, soit accepter le bridage thermique.
Un caisson insonorisé règle-t-il le problème ? Il déplace le bruit et aggrave la chaleur. Le caisson doit laisser passer le débit complet, donc porter une entrée et une sortie dimensionnées, et tout silencieux ajouté sur ces conduits coûte de la pression statique. Un caisson étanche autour d’une machine de 3 500 W est un four.
Que valent 76 décibels, concrètement ? Bitmain publie ce chiffre pour 30 °C d’air entrant, sans dire à quelle distance il a été relevé, ce qui interdit de le projeter tel quel dans une pièce. Ce qui se projette, c’est l’écart : six décibels par doublement de distance en champ libre, et moins que ça en intérieur, où les murs renvoient. Deux machines côte à côte ajoutent trois décibels quoi qu’il arrive. La cloison travaille plus que la distance.
Le refroidissement liquide supprime-t-il le bruit ? Il le sort de la pièce. La pompe bourdonne, l’aérorefroidisseur extérieur souffle, et ce dernier tourne d’autant plus vite qu’il fait chaud dehors. Le voisinage reste concerné, simplement de l’autre côté du mur.
Brider une machine la rend-elle rentable ? Non. Le bridage améliore l’efficacité, parce que la consommation baisse plus vite que le hashrate, mais l’ordre de grandeur ne bouge pas. Au tarif français le plus bas, 0,1589 € en heures creuses, il faudrait descendre sous 7,2 J/TH pour atteindre l’équilibre. La meilleure machine du marché est à 9,5 J/TH, et elle réclame du triphasé industriel. Le bridage sert à tenir la chaleur et le bruit, pas à retourner un calcul.
Où installer la machine, alors ? Un local séparé, avec un mur donnant sur l’extérieur, un circuit dédié et personne qui dort au-dessus. Garage, dépendance, atelier. Si aucune de ces trois cases n’est cochée, le problème n’est pas le refroidissement : c’est le projet.